72 vie locale À sa tête aujourd’hui, Kevin Berclaz et son père Jean-Bernard perpétuent l’héritage du grand-père Arthur tout en y insufflant leur propre vision, celle d’une viticulture consciente et exigeante. «Quand nous parlons de trois générations, il s’agit surtout de viticulteurs. Mon père a créé la cave en 1986, mais, avant lui, mes deux grands-pères, Arthur et Charlie, cultivaient déjà la vigne en dehors de leur travail à l’usine. La terre est donc une histoire de famille pour nous, un lien qui ne s’est jamais rompu», précise Kevin. Le nomDelta évoque à la fois la forme du bâtiment, les trois hectares de vigne que compte le domaine et cette troisième génération de vignerons. Cette symbolique est forte pour les Berclaz qui revendiquent un esprit d’indépendance et une identité à part. «Mon père ne voulait pas faire comme tout le monde. Si nous avions suivi les habitudes de notre branche, notre cave se serait appelée Cave de Fontanay, du nom de la rue où se situent nos locaux. Mais mon père était un peu le Jean-Claude Van Damme des vignerons ! Il aimait se différencier et ça m’a marqué», complète Kevin. UN TERROIR EXIGEANT Cette singularité se retrouve dans la manière dont le jeune encaveur cultive son vignoble. Il décrit celui-ci comme un véritable patchwork de parcelles situées entre Sierre, Venthône et Lens. Ce sont des coteaux escarpés, à des altitudes variées, qui demandent patience et endurance. «Je ne cherche pas la facilité. Je préfère faire des sacrifices au niveau du confort de travail pour obtenir un raisin exceptionnel. C’est ce raisin-là qui fait les grands vins», analyse cet ancien de l’école d’œnologie de Changins qui a affiné ses compétences au Domaine des Chevaliers à Salquenen. Dans la pratique, les trajets sont longs parmi ces vignes de montagne. Le travail est physique, mais le terroir rend tous ces efforts légitimes. Ces parcelles constituent en effet de «petits mondes à part », chacune ayant son caractère, ses exigences et ses caprices. UNE ANALYSE LUCIDE Sur environ 70% de leurs vignes, les Berclaz ont banni les produits de synthèse. Une transition réfléchie qui est motivée par la volonté de concilier respect de la nature et contraintes techniques. Pour autant, il reste important d’éduquer le consommateur. Entre un produit de synthèse, un produit non bio et un produit certifié, la frontière est parfois floue pour les non-initiés. Le bio représente en réalité une approche complexe qui n’est pas forcément inoffensive. Tout tient aux dosages. Plantée encore en gobelets, une partie de leur vignoble reste difficile à convertir. L’objectif est cependant clair : il s’agit de tendre vers des pratiques toujours plus respectueuses de l’environnement. Dans cette optique, la Cave Delta a introduit le Divico, uncépage résistant qui nenécessiteaucun traitement. L’idée est que si un jour les produits phy-
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