Altitude Magazine N° 19.

58 vie locale Entre peinture, sculpture et union des éléments, l’œuvre de cette artiste plasticienne originaire de Genève raconte la résonance entre la montagne et l’intime, entre le fémininet lanature. Car chez Mariuca Bala, l’art ne se sépare jamais de la vie. Son atelier, installé chez elle, respire la lumière et la curiosité. «J’aibesoind’avoir mon lieu de travail à la maison. Mes pièces demandent des temps de séchage, des retours constants et des gestes spontanés»,explique-t-elle.Surses établis, la peinture côtoie la résine, le schiste, la feuille d’or ou encore la mousse ramassée en forêt. Chaque matériau se fait prétexte à une exploration sensorielle, à une expérience du toucher, de la lumière et de la mémoire. Mariuca Bala vient en fait de reprendre le pinceau après une pause de treize ans. Elle l’a fait avant tout pour se reconnecter à elle-même. «Quand on devient maman, on se perd un peu. On ne s’appartient plus vraiment. Recommencer à créer a été comme retrouver une vieille amie», ajoute-t-elle. Ce retour marque aussi une transformation de sa démarche. De la peinture figurative de ses débuts, centrée sur les femmes, elle est passée à une approche plus libre et tactile, presque alchimique. LUMIÈRE ET TRANSPARENCE Sa recherche actuelle se concentre sur la lumière. L’artiste travaille pour cela sur du plexiglas. Ce support transparent lui permet d’intégrer directement la lumière à ses pièces. «Chaque fois que l’on veut accrocher un tableau, on se bat avec l’éclairage. Alors j’ai décidé de l’inclure à mes œuvres», dit-elle. Grâce à la résine, qui renforce la surface tout en préservant cette transparence, les pigments métalliques, les feuilles d’or et les inclusions minérales captent et renvoient la lumière en fonction de l’angle qu’adopte le regard. Ses créations changent par conséquent au fil du jour, dévoilant leur profondeur au gré des reflets. La couleur devient vivante. Si elle se révèle à la lumière, elle n’est jamais la même. Cette quête de clarté et de mouvement traduit une approche résolument sensorielle où le toucher, la vue, l’odorat et même le son trouvent leur place. L’artiste aime rappeler qu’il faut oser toucher. «Depuis que nous sommes petits, on nous dit de ne surtout pas toucher une œuvre. Moi, j’ai envie du contraire. Je veux que les gens puissent sentir la matière, qu’ils ressentent la sève, la terre, l’eau», confirme Mariuca Bala. Certaines de ses pièces mêlent ainsi écorces d’eucalyptus et mousse naturelle, libérant le parfum de la forêt à chaque contact. D’autres jouent avec le braille, ce qui permet aux doigts de lire les mots et de parcourir la texture des couleurs. LA MONTAGNE, LA MATIÈRE ET LE FÉMININ Arrivée tardivement en Valais, Mariuca Bala s’est prise de passion pour les cimes qu’elle décrit comme une révélation. «J’étais plutôt mer que montagne, mais quand j’ai découvert ces paysages, j’ai eu un vrai coup de foudre. Que ce soient le schiste, la roche, le charbon ou la terre, tous ces éléments naturels sont devenus les fondations de mes créations. Ces matériaux me relient au lieu. J’y vois aussi une façon de dire merci à cette nature qui m’accueille et m’inspire», confie-t-elle. Son œuvre s’ancre dans une symbolique féminine puissante. Longtemps, Mariuca Bala Il y a de la Joie - 85 x 100 x 8

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